Sunday, 8 September 2013

#3

C’était une grande cité. 
Il n’y avait pas plus connue et plus convoitée dans tout le monde. De tous pays l’on avait entendu parler, un jour, une nuit de cette immense ville, si masculine et haute, si puissante et majestueuse. 
Quiconque avait encore des rêves songeait à venir y trouver moult fortunes, découvrir d’innombrables secrets enfouis au plus profond des mémoires encore chaudes des anciens, qui dans d’incessantes narrations vibrantes ouvraient leurs grimoires de souvenirs pour dévoiler ces contes qui faisaient fleurir toutes sortes de fantasmes aux plus jeunes. Il n’y avait pas de destination plus attirante que cette belle cité, que le destin avait choisi de baptiser Blossom. 
La ville fut fondée dans le rêve d’un homme et d’une femme. 
Un soir, le soir même qui suivit leur rencontre, ils s’assirent sous un arbre, s’enlacèrent du regard des heures durant, ignorant la douteuse pénombre qui s’était installée, ne respectant pas le calme de la nuit qui s’offrait, profitait de l’étreinte des rayons que la lune leur offrait pour s’aimer en silence. Cet homme et cette femme s’aimèrent une nuit, se caressèrent de toute leur innocence, d’une seule caresse à deux mains, pianotant ensemble la mélodie de leur bonheur si jeune et condamné, s’unirent une seule fois dans le silence hurlant de leur désir. 
Ensemble, sous un arbre qui offrait la protection de ses branches, ils s’embrassèrent une fois, et firent l’amour sous la lune, brûlé par cette incandescente ivresse de s’aimer pour s’aimer, de vivre l’amour quand on peut encore l’appeler amour, d’appeler la nuit sa propre nuit, leur nuit, nos nuits à tous, tant le jour qui peut suivre n’importe guère, si l’on puisse ainsi jurer avoir vécu ne serait ce qu’une seconde intensément. 

Cet homme et cette femme eurent cette nuit là un enfant entre leurs amours éternels d’un instant. Au pied de cet arbre, à l’abri du feuillage, sur ces racines émergentes, ils firent le vœu de la chair et de cette union jaillit alors un songe tissé de leurs promesses éphémères.
Ce songe eut le nom d’Oneiro, un fils, et pour ce fils ils bâtirent une ville. 
Pour eux, cette ville serait le berceau de tous les plaisirs, de tous les parfums, de toutes les couleurs, de tous les cours d’eaux, de toutes les montagnes, de tous les volcans, de toutes les graines. Une semence engendra l’éternelle floraison de leur désir de création. Pour le bonheur de leur fruit, ils construisirent palais et jardins, pour sa bénédiction d’immenses cathédrales, ils lui firent dons de musées somptueux garnis des meilleures œuvres, érigèrent d’interminables tours en hommage à sa mémoire encore vierge, surplombèrent le fleuve qui coulait à travers ce domaine avec d’imposants ponts suspendus, dissimulèrent pour son recueillement des recoins entre les bâtisses, cultivèrent d’innombrables fleurs et plantèrent des milliers d’arbres. Chaque fleur dégageait un parfum différent, se définissait en effluves dorées, sucrées, ambrées, aux tons de musc, de fruits, de paradis. En dehors de la ville, ils cultivèrent d’interminables vergers, de fécondes vignes qui donnaient des fruits gorgées de saveurs indéfinissables et  exotiques, produisaient du vin aux arômes divins, dégageant des notes de fruits rouges et respirant l’histoire de leurs maturations.

Il n’y avait pas d’endroit plus beau que la ville d’Oneiro. 

Je ne me rappelle pas de cette photo mais je sais que ce qu j'ai pris ce jour là, était magnifique.

No comments:

Post a Comment